вторник, 30 декабря 2008 г.

Нашу школу все продолжает штормить

Грядущие реформы школы не дают остыть горячим головам будущей французской элиты. Вот, например, группа однокурсников создала локальную ячейку профсоюза CGT, и теперь высказывается от его имени на животрепещущие темы отмены распределения после ЭНы.
Заметьте, профсоюз левого толка, а его представитель свободно цитирует Черчилля, хоть тот и символизирует совсем другие идеалы. Разносторонний народ энарки.


CGT ENA infos,
23 décembre 2008

Réforme de l’ENA : de Charybde en Scylla


L’ENA va donc se réformer une nouvelle fois, la 24e depuis 1945. La dernière réforme, qui est toute récente (2006), a déjà substantiellement modifié le contenu de la scolarité, avec une volonté tout du moins affichée de professionnaliser et de personnaliser davantage la formation des futurs hauts fonctionnaires de l’Etat. Mais la réforme annoncée pour 2009 sera plus profonde encore, en ce qu’elle devrait concerner les trois phases de la scolarité des élèves issus des concours : l’entrée à l’école (le concours) ; la formation ; la sortie de l’école (l’affectation dans les corps administratifs).

L’ensemble de ces mesures n’a pas encore été dévoilé par le gouvernement. On constate à ce stade que la logique qui sous-tend cette réforme est, à l’instar de la plupart des réformes qui concernent l’Etat, inspirée par le dogme libéral : réflexion sur les modalités d’accès à la haute administration (un récent Livre blanc sur l’avenir de la fonction publique préconise de faciliter le recours à des contractuels issus du privé dans la haute administration), allongement de la durée du stage en entreprise, recherche d’emploi des élèves auprès des administrations « employeuses », dans le cadre d’un marché de l’emploi public.

A ce jour, une seule mesure a été actée et annoncée publiquement : la suppression, au 1er janvier 2009, du fameux classement sortie de l’ENA. C’est à priori une bonne chose. Elle répond aux revendications récurrentes et souvent massives des promotions successives d’élèves qui ont dénoncé les effets pervers du classement. La réponse apportée jusqu’à présent pour justifier son maintien était : à l’instar de la démocratie, le classement est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres.

Oui, le classement est le pire de tous les systèmes…

Le constat est imparable. Comment ne pas reconnaître qu’en favorisant l’esprit de compétition entre des élèves fonctionnaires tout au long de leur scolarité, le classement produit des effets toxiques sur le déroulement de la formation ? Stratégies individuelles, désintérêt pour les enseignements, infantilisation, souffrance, frustration… Le classement est un système idiot qui rend idiot et éloigne gravement l’école et ses élèves de l’idée que chacun se fait d’une école de service public. Elle explique en partie la mauvaise image renvoyée par « l’énarque » dont le comportement est perçu comme uniquement guidé par des ambitions personnelles.

Cela explique le besoin ressenti par les élèves de maintenir le collectif, dans le cadre d’activités associatives et avec l’aide des élèves étrangers qui suivent une partie de la formation à l’ENA et qui trouvent un certain exotisme dans ce système de sélection très franco-français.

… à l’exception de tous les autres, sauf un

Chassez le diable par la porte, il revient par la fenêtre. Telle qu’elle est annoncée, la réforme risque d’aggraver ces dérives. A quoi bon supprimer le classement de sortie si les corps de sortie sont eux-mêmes classés entre eux ? Ne risque-t-on pas d’exacerber encore plus les rivalités et le chacun pour soi si à l’issue de la scolarité, les perspectives d’affectation vont du Conseil d’Etat au Tribunal administratif ou de la Cour des comptes à la Chambre régionale des comptes ?

Cela explique que les auteurs de la réforme envisagent le maintien d’une forme d’évaluation des élèves. Mais dans quelles conditions ? Selon quels critères d’appréciation ? Comment le dossier d’aptitude sera-t-il traité par l’administration d’accueil ? Le risque est d’aboutir à un système encore plus opaque et subjectif que le classement actuel. Les élèves en seront largement tributaires et il est à craindre également que tous les coups soient permis pour séduire les futurs « employeurs » : activation de réseaux, népotisme, sollicitations précoces (dès l’entrée à l’ENA) pour prouver sa motivation.

Quant à la liste d’aptitude, elle ne garantit pas l’accès à l’emploi. C’est tout de même un comble de devoir montrer patte blanche, après des années d’études de haut niveau et pour certains d’expérience professionnelle déjà solide, suivies de 2 années de formation et de stages à l’ENA pour devoir ensuite se soumettre à une recherche d’emploi ! La dizaine d’élèves administrateurs territoriaux qui n’ont pas immédiatement trouvé preneur dans une collectivité territoriale à l’issue de leur scolarité à l’INET, en octobre 2008, souligne les limites de la démarche.

Mais alors, n’y a-t-il pas d’autre alternative que celle de Charybde ou Scylla ?

Une autre voie est possible pour rejoindre Ithaque

A l’instar d’Ulysse, les élèves de l’ENA ne sont que des mortels. Le bénéfice du statut de demi-dieu dans un grands corps de l’Etat peut attendre quelques années. C’est pourquoi, la suppression du classement n’est viable que si elle va de pair avec la suppression de l’accès direct aux grands corps de l’Etat. Cette voie, véritablement démocratique, est le meilleur rempart contre les corporatismes. C’est le meilleur moyen d’amener l’ENA et ses élèves à sortir définitivement de la logique de machine à classer pour s’engager dans une véritable démarche de professionnalisation conforme à l’intérêt général. Cette voie n’a rien d’original ; elle a déjà été envisagée par d’autres (rapport Cieutat sur les fonctions publiques en 2000, section syndicale des élèves de l’ENA en 2000, rapport Attali de janvier 2008 sur la libération de la croissance).

En affectant les élèves dans un ou plusieurs corps de niveau équivalent (ex : corps unique d’administrateur civil puisqu’il est dans l’air du temps de fusionner les corps administratifs !), l’Etat se donnerait les meilleures chances de former des élèves dûment préparés à leurs futurs fonctions. Cela nécessiterait une véritable professionnalisation de la formation, assortie d’enseignements spécialisés, d’études de cas et d’un suivi individuel qui donnent du sens. La création de filières professionnelles ne doit pas non plus être éludée, tant qu’elle n’empêche pas la mobilité. A charge ensuite pour les futurs administrateurs de l’Etat de prétendre, après quelques années d’expérience, à l’accès aux corps de catégorie supérieure (Conseil d’Etat, Cour des comptes, inspections générales, Préfet).

Certes, d’aucuns pourraient redouter une perte de prestige pour l’ENA, qui repose en grande partie sur le lien direct de l’école avec les grands corps de l’Etat. Mais c’est le prix à payer pour instaurer un système enfin sain, pérenne et transparent de formation et d’orientation vers la haute fonction publique. C’est le meilleur moyen de restaurer les principes républicains posés par les fondateurs de l’ENA, lorsqu’en 1945 et face aux corporatismes du passé, ils avaient tracé la voie à suivre pour cette école d’application : inculquer « le sens de l’Etat » aux futurs hauts fonctionnaires, c’est-à-dire, « le sens de l'humain qui infuse la vie à tout travail, le sens de la décision qui permet, après avoir pesé le risque, de la prendre, le sens de l’imagination qui ne craint aucune audace, aucune grandeur.»

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